André Rougier - Kaïros

Te voilà de retour sur ces terres où règnent acharnements des graines, patience des grappes, leurres des pierres, dernier de cette lignée dont tu vins parfaire et assécher la destinée, nourrie qu’elle est des songes des guerriers te faisant, manque au ventre, revivre leurs saccages, mourir où l’on vient troquer les cartes, gouverner l’embellie, malmener l’aval qui consume, peser le vacarme qu’obère l’épaisseur du monde. Ô les soirs boiteux, les décrets équivoques dérobant aux lieux sans maître lois et tâches, aux traques foulées et outrages, au secret exténué, mais seul ratifié, les trajets remis, l’intermittente balafre, le jaloux gardiennage de la parole. Tel tu t’éprouves, insoumis aux diktats comme aux mots d’ordre, libre de la distance en ce qu’elle pose et noue, de cette mémoire morbide qu’ils nomment mensonge, des berceaux, des butins, des brassées, de l’avéré et du mesurable, du frôlement agile qui t’oublie, des cicatrices à hauteur des affronts, des deuils qu'abois et roueries viennent choyer, là où plus rien n’est à inventer et tout à redire, où regard et objet se dévorent, où te retrouvent ces vagabonds laconiques qui, ayant pleinement su ce qu’est le devenir, poser une fois pour toutes ce qui n’est pas négociable, n’auront pas, eux, gâché leurs vies. Toi si, peut-être, mais que t’importe? “Les vendeurs ne sont pas à bout de solde ! Les voyageurs n’ont pas à rendre leur commission de sitôt !”

(2015)

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