André Rougier - “The only hope is the next drink”

Lune des charbonniers, silence assujetti à son double, au feu irréfléchi rêvant des Dioscures, de ces faucons errants qui toujours te baignent dans leur proximité, dans leur éloignement…


Suspension dans l’illimité, dans ce qui n’est ni source, ni fruit, ni fin, qui n’existe ni en soi, ni en nous, ni en l’autre, mais qui demeure dans nos entrailles, comme le scolyte dans le bois.


Mésuser du temps tu ne puis : là-bas il y avait les gelées et les étés et les morts. Ici, il n’y a que moiteur et lumière vierge, comme la veille, comme toujours


Tu es le non-né, celui qui ne passe pas, seigneur de toutes mouvances, éperon de ton propre canevas.


Instants sauvés du désastre, desséchés, gauchis, tordus, portant ta signature, et c’est tout. Le reste, l’arrière-plan, la croûte, la face en vain quérie, le nom des envasements et des caprices, ce vil cortège s’efface, t’offusque et disparaît, le temps te file entre les doigts comme du sable, comme l’aube du coq ouvrant sur le vide.


Fumée d’Ithaque : rétrécir peu à peu l’espace à sa taille…


Rien ne te sépare du dehors, de l’attente égale en ses instants comme l’étendue en ses points, exerçant la même pression lisse, sans égards, sans retenue…


Haïr la haine de l’Autre – ce feu pervers qui brûle avant tout celui qui l’allume.


Le vrai lieu est un : les autres sont trop près, trop loin, trop haut ou trop bas. Le vrai temps est un, où rien ne s’effrite, ne s’effrange, ne se brise ni se perd. Ce que tu appris te fut compté à charge.


Du serpent la dernière joie : nous rappeler (oublieux même de nous tenter, de nous enténébrer) que c’est la connaissance qui mène à l’innocence, le mal de fortuitement s’enfoncer dans la nuit en s’enrichissant des lentes leçons de ses caprices.


Tout être possède ce que l'autre n’a pas, furtive réalité qui leur ressemble et s’en réchappe.


L’impatience, l’excès de zèle inné te poussèrent à céder à la tentation – c’est ta spécialité, ça, céder aux tentations, – puis à dépuceler le temps, le combler, l’avilir à chaque pas, le faire repousser comme l’herbe après les fenaisons. Alors le sens, ce qui en toi prend fin, décharge son fardeau près de cette lisière que tu ressens comme le froid, la peau, qui soulage, rend léger, te rassemble et te délivre avec des mots qui enfin n’adhèrent plus aux choses.


[São Luis (MA), Brasilia (DF), Barcelone, Londres, Caux (34), Prague, Buenos Aires, Paris, d’autres villes, d’autres verres, de 1999 à 2014]

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